Projet de Développement de l’Agriculture Irriguée Commerciale en Zone Office du Niger (PDAIC-ZON)

DESCRIPTION DU PROJET PDAIC-ON ET DE SA ZONE D’INTERVENTION

Dans le cadre de sa stratégie de développement de l’agriculture, le Gouvernement du Mali a fait une requête à la Banque Mondiale pour une enveloppe de 100 millions de dollars EU en vue du financement d’un Projet d’aménagement hydro agricole dans un bassin de production disposant d’un potentiel avéré de développement de l’agriculture irriguée : la zone Office du Niger. Pour accélérer le processus de mise en œuvre de ce projet, il est retenu de préparer et proposer un document de projet qu’il est prévu de présenter au Conseil d'Administration de la Banque Mondiale en mai 2017.

Objectif du projet et bénéficiaires

Au stade actuel de préparation, l’objectif de développement du projet est d’aménager des terres irrigables dans la zone Office du Niger pour le développement de l’agriculture irriguée commerciale. Le caractère « commercial » du projet doit se traduire par un investissement significatif du secteur privé dans le développement des infrastructures d’irrigation, associé à une sécurisation de l’affectation des terres allouées aux producteurs (bail ou titre foncier), et par le développement conjoint d’installations de stockage, transformation et commercialisation permettant de générer les bénéfices attendus.

Les bénéficiaires du projet seront des exploitations agricoles à vocation commerciale de petite, moyenne et grande taille. Les grandes exploitations seraient allouées à des investisseurs qui s’engageront à développer l’irrigation sur les terres qu’ils auront acquises, qui s’impliqueront dans la mise en place des services et des infrastructures de stockage et de commercialisation nécessaires à la valorisation des productions agricoles dans la zone du projet ou à proximité et dans la structuration d’alliances productives (agriculture sous contrat), en particulier avec les petits producteurs, en vue de développer des approches gagnant-gagnant. Les petites et moyennes exploitations représenteront des opportunités d’investissement pour des exploitants familiaux et de petits entrepreneurs, avec un objectif de création d’emploi. Le projet inclura une politique d’accompagnement des groupements féminins et prendra soin de considérer les problématiques de l’insertion des jeunes dans l’agriculture. Le projet visera également à la réalisation d’infrastructures d’accès et sociales tenant compte des orientations du Gouvernement du Mali en la matière.

Les bénéficiaires et leur répartition seront caractérisés plus précisément au cours de la préparation du projet, selon des processus d’allocations qui restent à définir.

Site d’intervention et justification de l’approche cadre

Le site d’intervention retenu au stade de la préparation du projet est le site d’Alatona, qui a fait l’objet d’un développement partiel sur financement du MCC. Le projet du MCC prévoyait initialement de réaliser l’équipement de l’ensemble du site d’Alatona (trois tranches pour un total de près de 14 000 ha. Les études techniques et analyses d’impacts datant de 2009 sont disponibles et demandent un effort limité pour être mises à jour.

Des contraintes financières ont conduit le MCC à limiter son intervention au développement de la première tranche d’irrigation de 5 200 ha en vue d’y réinstaller l’intégralité des populations présentes sur le site d’Alatona et d’installer d’autres populations sur les terres restantes, selon un schéma d’agriculture familiale. La première tranche d’Alatona consistant essentiellement en la mise en œuvre du plan de réinstallation du site d’Alatona (3 tranches). Les ménages potentiellement affectés par les trois tranches d’Alatona ont donc été pris en charges dans le cadre de la tranche 1. Le retour d’expérience de la mise en œuvre du PAR est positif. Un audit du PAR mis en œuvre par le MCC sera réalisé en tout début de projet, de façon à incorporer ses conclusions et recommandations dans le cadre du projet en cours et bâtir sur les enseignements lors de la mise en œuvre du PDAIC-ZON. Il informera en particulier le processus d’allocation des terres et le besoin de revoir le processus de compensation identifié par le MCC.

Des contraintes sécuritaires ont conduit les Nations Unies à inscrire le site d’Alatona dans la liste des zones à risque, ce qui en restreint l’accès aux populations civiles internationales. Aussi, il n’a pas été possible de confirmer l’utilisation actuelle des terres des tranches 2 et 3 par des personnes qui n’auraient pas été compensées dans le cadre de la tranche 1.

En outre, la mise en œuvre du projet Alatona est assujettie à la réponse positive du marché à l’offre commerciale d’installation, qui dépend en partie des contraintes comme la sécurité de la zone où la capacité d’obtenir le soutien du secteur bancaire. Le projet soutient en effet une démarche de développement de l’irrigation commerciale de taille moyenne qui n’existe pas au Mali. Pour le cas où le développement du projet Alatona ne soit pas possible, des sites alternatifs seront alors identifiés dans d’autres communes de la Zone de l’Office du Niger.

Ceci explique le recours à une approche cadre, et pour le site d’Alatona, et pour le cas où le projet implique d’autres sites. L’instruction du projet fait l’hypothèse d’une mise en œuvre à Alatona.

Composantes du projet

Le projet sera constitué de trois composantes :

Composante 1 : développement des infrastructures d’irrigation et infrastructures connexes

Cette composante consommera la majeure partie du financement pour la réalisation des travaux d’infrastructure d’irrigation et de drainage et des infrastructures connexes, notamment les lignes électriques et routes d’accès. La composante financera la réalisation des études d’avant-projet détaillées, le contrôle et la supervision des travaux et la réalisation des travaux, ainsi que la mise en œuvre des plans de gestion environnementale et sociale et des plans de réinstallation. Les infrastructures d’irrigation assureront la desserte en eau jusqu’à l’entrée de l’exploitation (« farm gate ») et son évacuation en aval de l’exploitation, le développement des systèmes d’irrigation internes restant à la charge des exploitants.

Composante 2 : appui au développement économique et à l’exploitation et maintenance des aménagements

Cette composante concerne les mesures d’appui aux producteurs et investisseurs permettant de faciliter leur installation. Elle financera de l’assistance technique visant à faciliter le processus de sélection et d’installation des producteurs et aider au financement des systèmes d’irrigation internes. Elle apportera également un appui à l’intensification agricole au travers d’un programme de formation et de vulgarisation. Elle inclura un aspect genre et éventuellement les mesures d’insertion des jeunes, en lien avec des fonds de contrepartie du gouvernement.

Cette composante appuiera également de la mise en place des associations d’irrigants qui prendront en charge l’exploitation et la maintenance des aménagements en collaboration avec l’Office du Niger.

Composante 3 : développement institutionnel et coordination du projet

Cette composante financera la gestion du projet et le renforcement des capacités de l’ATI et de l’ON qui seront en charge de mettre en œuvre ce projet. L’ATI prendra en charge les aspects commerciaux et notamment la sélection des producteurs et la promotion du projet auprès des investisseurs, en collaboration avec l’API. L’ON prendra en charge tous les aspects infrastructures et supervisera également la création des associations d’irrigants.

Normes d’aménagement

La préparation du projet inclura une réflexion sur les normes d’aménagement à utiliser. Compte tenu de l’orientation commerciale donnée au projet et du potentiel de diversification de la zone d’Alatona, il est en effet nécessaire d’étudier des options d’irrigation par aspersion ou goutte à goutte, donc sous pression, plutôt que l’irrigation par écoulement gravitaire à surface libre.

En particulier, la généralisation de l’irrigation sous pression permettrait de s’affranchir du besoin de réaliser des canaux en déblai. Les irrigants pourraient en effet pomper dans des chenaux qui ne dominent pas le terrain. Le pompage solaire serait privilégié pour les petits producteurs, afin de ne pas créer de charges récurrentes élevées. Le service de pompage pourrait se voir confié à un ou des prestataires spécialisés, qui factureraient les nouveaux irrigants au mètre cube ou à l’heure de pompage. L’efficience de la distribution de l’eau s’en trouverait considérablement accrue.

Processus de préparation

Une étude de faisabilité socioéconomique basée sur une analyse des filières porteuses sera financée par le projet PAPAM et permettra de caractériser les groupes bénéficiaires et de pré-identifier les producteurs et investisseurs. L’ON recrutera sur budget national un bureau d’étude chargé de revisiter les dossiers d’avant-projet existants pour le site d’Alatona. En ce qui concerne le processus d’installation des producteurs, le projet prendra en compte les expériences récentes ou en cours des projets Alatona tranche 1, Rétail 4bis, Koumouna et autres. Le projet « paysans investisseurs » du SEXAGON sera également pris en considérationpour identifier le processus d’allocation. Principaux risques

Les principaux risques potentiels identifiés au stade de la préparation sont les suivants :

-        Manque de transparence dans le processus d’attribution des parcelles

-        Manque d’intérêt des producteurs / investisseurs pour les sites aménagés par le projet

-        Normes de conception ne répondant pas aux besoins des producteurs / investisseurs

-        Manque de transparence dans la procédure d’allocation des terres

-        Manque de capacité financière des investisseurs / producteurs.

Au stade de l’exploitation les risques liés à la commercialisation des produits, aux alliances productives entre petit producteurs et agrobusiness et en matière d’exploitation et de maintenance des aménagements peuvent être ajoutés.

Description de la zone d’intervention du projet

La Zone Office du Niger a été retenue comme zone d’intervention du projet. Le site d’Alatona se trouve sur la rive droite du Fala de Molodo, dans la région de Ségou. Environ 150 km au nord à partir de son origine, le Fala de Molodo prend un virage soudain vers l’est et s’étire vers le Bassin Intérieur du Fleuve Niger, qui s’étend sur environ 200 km plus à l’est.

Avant la construction du seuil de Markala sur le Fleuve Niger en aval de Ségou au cours des années 1930 et 1940, le Fala de Molodo était essentiellement un résidu de cours d’eau qui s’écoulait seulement pendant les périodes de crues exceptionnellement élevées. Bien que la diversion de l’eau dans le canal à partir des schémas d’irrigation de l’Office du Niger ait amélioré l’alimentation en eau, la Fala demeure une rivière endoréique – les eaux s’infiltrent éventuellement dans les sables du désert ou s’évaporent avant d’atteindre le Delta Intérieur. Au cours des dernières années, le débit dans le Fala a rarement dépassé le village de Louguel, qui se trouve à environ 30 km à l’est du périmètre proposé de l’Alatona. Le périmètre d’Alatona est donc situé au bout du réseau alimenté par le Fala de Molodo.

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